Pocket Film

Filmer pour s’approprier sa propre vie

Le principe de cette technique est d’amener les participants à créer de petits films à l’aide d’un outil quotidien, le téléphone portable, et à s’exprimer, avec l’image comme support.

Les enjeux

Le processus et le résultat donnent une grande importance à l’individuel dans le groupe, à ce qui est produit, à ce qui se produit, et au dispositif de « monstration ».

La méthodologie et l’accompagnement permettent de faire bouger les représentations, de valoriser chaque personne à travers sa création, de montrer que chaque film apporte quelque chose à soi-même et aux autres en développant à la fois une parole individuelle et une attention à l’autre, puis, en filigrane, de trouver une place sociale.

Globalement, les créateurs de cette technique, avaient comme ambition de répondre à deux questions fondamentales.

  1. Comment libérer la parole des jeunes qui, dans leurs lieux de vie (école, famille, …), ne se sentent pas souvent, voire rarement, autorisés à exprimer ce qu’ils pensent, et qui, dans leur entourage sont paralysés par la nécessité de se ranger à l’opinion dominante ?
     
  2. Comment leur donner le moyen d’exprimer leur originalité et leurs préoccupations autrement qu’à travers un langage oral dont la fonction principale est de souder les membres du groupe dans des propos convenus et sans surprise ?

Ainsi, passer par la technique du « Pocket film » permet de valoriser la parole des jeunes, de construire leur identité et leur subjectivité en se confrontant à différents points de vue et de stimuler leur créativité. Mais aussi, de déconstruire les montages audio-visuels de propagande sur internet en prenant la parole avec son téléphone mobile pour résister aux discours sectaires.

Passer par le smartphone n’est pas un choix innocent.

Cet objet fait littéralement partie de l’identité des adolescents, et les images mentales qu’ils se construisent en permanence sont étroitement tributaires de celles qu’ils y trouvent.

Comme on le voit avec les selfies, l’adolescent utilise souvent l’écran de son mobile pour se construire une image de lui-même qui fonctionne comme un premier contenant. Le téléphone mobile permet aussi de positionner clairement ce qui relève de la réalité dans laquelle on est engagé et ce qui relève de la représentation de la réalité telle qu’elle apparaît sur l’écran.

Celui qui filme avec son téléphone mobile fabrique successivement trois sortes d’images qui mettent en jeu trois formes de symbolisation.

Il fabrique des images motrices : il se déplace, cherche le meilleur angle, tente d’explorer des espaces visuels inattendus.
Il fabrique aussi des images visuelles qui ont pour lui une valeur à la fois affective et cognitive. Elles sont affectives parce qu’elles entrent en résonance avec ses états émotionnels intérieurs, et elles sont cognitives dans la mesure où elles font sens pour lui.
Puis ces images deviennent verbales dans la mesure où il leur prête sa voix. Cette dernière forme de symbolisation a une valeur de socialisation dans la mesure où l’image fabriquée et montrée invite non seulement celui qui la produit à se raconter, mais aussi ceux qui la découvrent à y réagir. »

La méthode en 3 temps.

Le 1er temps consiste à permettre une expression personnelle.

Les jeunes sont d’abord invités à parler de tout ce qu’ils font avec leur téléphone : le plus souvent, encore et encore des selfies… L’animateur peut, lui aussi, parler de ce qu’il fait avec son téléphone mobile.

Ensuite il leur est proposé de faire un petit film, sous la forme d’un plan séquence court, d’une durée d’une à deux minutes. La consigne est : « Prenez n’importe quel objet, filmez-le et donnez-lui la parole ».

NB : Si les jeunes n’ont pas, de prime abord, d’idée, l’animateur peut donner un exemple.

Les jeunes peuvent écrire leur histoire avant s’ils le désirent. En écrivant et en filmant, la parole se libère. Il devient possible de parler en attribuant ses émotions à un objet qui parle de lui : comme une chaussure, une poubelle, un stylo, un Kleenex…

La poubelle ne supporte plus que chacun y déverse ses ordures, le kleenex qu’on l’utilise et qu’on le jette sans égard, le stylo qu’on ne le laisse jamais libre de raconter ce qu’il veut, ….

Dès lors, l’image existe dans le présent de la vie. Conversation en images ou message transmis directement, elle est acte de langage. Le « Pocket Film » permet d’ajouter une narration, une façon de se raconter et d’introduire un discours pour soi et pour les autres. Un discours guidé ou soutenu, d’autant plus libre qu’il est entrainé par les images filmées et s’organise autour du visuel, d’autant plus personnel qu’il s’affranchit des codes et des normes qui tendent à s’imposer avec les technologies de l’image, en particulier chez les jeunes.

Le 2ème temps, consiste à visionner les productions de chacun.

Lors de ce temps, l’empathie pour soi et pour autrui, dans sa forme à la fois affective et cognitive, s’en trouve renforcée.

Ils sont les premiers étonnés de ce qu’ils ne se seraient pas crus capables d’éprouver, sans même parler de le raconter ! Ils découvrent leur monde intérieur et s’en étonnent.

En même temps, ils bénéficient du regard positif sur leur création de la part de l’animateur, et des autres jeunes qui félicitent celui qui a su réaliser un film dans lequel d’autres se reconnaissent.

Et quand le sujet du film à réaliser est imposé, comme de filmer de sa fenêtre, et de raconter une histoire, ils se confrontent à la multiplicité des façons possibles de traiter cette situation (La logique étant : « Savoir d’où on vient pour savoir qui on est ») et peuvent découvrir que si leurs points de vue sont différents de ceux des autres, ils peuvent être appréciés au même titre et même, être complémentaires.

N.B :  C’est encore plus le cas quand la consigne est de réaliser un « poket film » à plusieurs. Chacun filmant un objet auquel il donne voix avant de passer le même téléphone à un autre qui fait de même, et qui passe le téléphone à un troisième, et ainsi de suite. Chacun contribuant au scénario, filmant, jouant et intervenant en off et devant donc alors accepter d’être un élément d’une chaîne continue en étant confronté à l’acceptation de voir sa propre image accompagnée d’une parole en off qui dit ses pensées, mais qui est improvisée par un autre.

Le 3ème temps, consiste à commenter ensemble les films réalisés.

Après le visionnage des films, s’ensuivent des discussions sur les préférences des uns et des autres, les raisons de leurs choix. Car faire un film, même de moins d’une minute, nécessite de faire sans cesse des choix.

Les jeunes parlent donc entre eux et le passage par le « Pocket film » les met souvent plus à l’aise et débride les discussions.

Ils découvrent que les mêmes expériences peuvent susciter des prises de vue différentes et les mêmes prises de vue susciter des commentaires différents.

Il s’agit, ici, de faire en sorte de favoriser les changements de perspectives émotionnelles de chacun par rapport à tous les autres, et finalement de chacun par rapport à lui-même.

La gratification par l’animateur est importante pour favoriser la construction d’une estime de soi réaliste (qui est aussi une condition de l’empathie pour autrui) et permettre de distancier, relativiser, et confronter les points de vue, à partir d’une activité partagée.

S’il est encore difficile de mesurer les effets à long terme de cette technique, certains peuvent cependant être estimés et de l’avis d’animateurs (s’étant approprié l’outil et les méthodes et l’ayant déjà expérimenté au sein de groupe de jeunes) divers éléments permettent d’évaluer concrètement et rapidement son efficacité.

Envie d’essayer ?

Allez, lancez- vous, partagez-nous votre expérience et, pourquoi pas, envoyez-nous les « Pocket film » réalisés par vos jeunes (comme les quelques extraits ci-dessous).