Complot et destin, même schéma?

L’Église catholique ne croit pas au destin et comme chrétien, sans doute, vaudrait-il mieux ne pas croire au complotisme !  Le lien ne te semble pas évident ? Cet article est pour toi. Aujourd’hui, observant le principe des théories du complot, nous allons essayer d’en savoir plus sur la manière d’agir de Dieu dans le monde. Rien que cela !

En croyant au destin, qu’il soit positif ou non, nous faisons de Dieu le comploteur de notre vie. Et si l’Église refuse l’idée de destin, c’est parce que l’homme n’est alors plus vraiment libre. En effet, que cela soit le conspirationnisme au niveau de l’histoire ou le destin pour ce qui est de la vie quotidienne, tous deux  sont « un abandon du libre arbitre au profit de forces occultes qui nous manipulent et nous dépassent. Les théories du complot, comme la superstition, offrent des explications simples en désignant des causes uniques extérieures à nous et en nous exonérant de nos responsabilités. Car si les conspirationnistes ont beau dénoncer les comploteurs qui agissent dans l’ombre, ils sont assez fatalistes quant à la possibilité de contrer la toute-puissance des conspirateurs. »[1]

Arrêtons-nous un instant sur le terreau propice à la croyance dans une théorie du complot. Avant toute chose, il ne faut pas nier le fait que nous puissions effectivement être quotidiennement manipulés : une demande sournoise, un vendeur un peu insistant, un algorithme de média social, un choix journalistique. À cela, il faut ajouter une perte de confiance. En effet, face au flot d’information, il est en fait naturel qu’un journaliste fasse un choix. Cela commence à poser problème quand nous ne supposons plus la bienveillance de ce choix journalistique, si nous supposons que ce choix n’est pas là pour nous éclairer, mais nous tromper. Enfin et surtout, « il n’est pas satisfaisant pour l’esprit humain d’expliquer les choses par le hasard ou par des causalités complexes »[1]. Les partisans du conspirationnisme cherchent une explication simple. Pourtant la vie est un flux où chacun bricole, improvise, tente de faire au mieux, pour tirer profit de la situation. En réalité, jouant au coup par coup, aucun comploteur ne peut prévoir les conséquences lointaines de ses actes (contrairement aux films). Chacun tirant la couverture de son côté, cela crée une confusion générale qui alimente encore le cercle vicieux. « Inutile d’imaginer d’improbables conspirations pour en arriver au point où nous en sommes […] La confusion favorise l’éclosion de scénarios opportunistes […] qui sont de véritables coproductions de la part de tous les participants concernés […] chacun y apporte sa pierre en fonction de ses intérêts, au point que plus personne ne sait ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Les acteurs n’ont pas besoin de se concerter — de comploter — pour créer ces mirages de plus en plus élaborés qui se nourrissent de nos fantasmes et rendent inextricable toute quête de vérité. » [2]

Si le destin existait et que Dieu en était le comploteur, nous pourrions en proposer une explication simple. C’est l’image de Dieu que se fait le Youtubeur Hygiène mental dans son épisode 25. L’image ne tient évidemment pas longtemps. Le Dieu agissant des chrétiens n’est pas aussi facile à appréhender qu’une théorie de complot. Alors qu’en est-il de l’action de Dieu sur Terre ?  

L’Église énonce que Dieu a sa volonté propre. Néanmoins pour sa réalisation, il se sert de notre contribution. Plutôt que d’être un signe de faiblesse, cela manifeste de sa grandeur et de sa bonté. Car Dieu ne nous donne pas seulement d’exister, il nous donne aussi la dignité d’agir par nous-mêmes, d’avoir une influence et d’être influencés et de coopérer ainsi à l’accomplissement de sa volonté[3] En aucune façon il n’est question de destin, ni de manipulation. Certes Dieu à un projet pour l’humanité. Néanmoins aucune force puissante n’impose ses actions au monde, ni comploteurs, ni Dieu. Nous pourrions dire que c’est d’ailleurs à chaque humain de bonne volonté de tirer profit des situations du monde pour faire éclore la volonté de Dieu. D’un côté, des humains visant leur intérêt, créent de la confusion et masquent la vérité. De l’autre, certains œuvrent à la volonté de Dieu, créent la paix et cherchent la vérité. Cependant, il n’y a pas plus de complot qu’il n’y a de main mise de Dieu sur le monde. Sans doute, Dieu lui aussi sait se montrer opportuniste: Dieu n’est évidemment pas la cause de nos violences et pour respecter notre liberté, il ne l’empêche pas. Cependant, mystérieusement, il compose avec pour en faire éclore le bien.[4] Mais est-ce pour autant que Dieu nous manipule ? Évidemment que non, ce serait là aussi contre notre liberté. La façon d’agir de Dieu est en fait bien difficile à voir puisqu’il s’agit de notre consentement. Quand quelqu’un accepte Dieu dans sa vie, le dessein de Dieu, c’est Dieu qui agit. Si vous êtes septique, cela va être malheureusement fort compliqué de vous montrer Dieu. Si vous voulez voir Dieu agir, il vous faudra retrouver la confiance dans ses témoins, ceux qui affirment qu’il a changé leur vie. Comme pour le journaliste, supposer la bienveillance. 

Pour mettre à mal les théories du complot, il y a au moins un facteur qui joue un rôle : le niveau d’instruction. « Un faible niveau d’instruction rend indifférent aux idées conspirationnistes, plus d’instruction (niveau lycée) favorise les idées conspirationnistes et plus d’instruction encore (niveau études supérieures) en éloigne »[1]. Nous pouvons imaginer que pour découvrir Dieu agissant, le constat soit le même : un faible niveau de représentation de Dieu rend indifférent, plus d’instruction favorise les idées préconçues et simples sur Dieu et plus de fréquentations encore ouvre à toute sa complexité.

Olivier Caignet


[1] Jean-Bruno Renard, Les causes de l’adhésion aux théories du complot, dans Diogène 2015/1-2, P. 107-119
[2] Tierry Smolderen, Ghost Money, novembre 2015
[3] Catéchisme de l'Église Catholique §306, en ligne sur https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P1A.HTM
[4] Catéchisme de l'Église Catholique §311, en ligne sur https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P1A.HTM